Pierre tombale

Pierre tombale d'Amram ben Yona (décédé en 1086)

Traduction de l'épitaphe de l'hébreu

Monument commémoratif sur la tombe de
M Amram, le jeune homme, 
fils de Yona, le Haver*, originaire
de la Ville Sainte et tué
le jour de la colère, le 18
du mois d’Elul de l’an 846 
selon le calendrier [31 août 1086]. Qu'il repose en paix dans le (jardin) d'Éden
* Haver : littéralement « compagnon », désignant une personne ayant reçu une formation rabbinique mais ne portant pas encore le titre de Rav (rabbin)

La stèle funéraire d’Amram ben Yona n’a été découverte qu’en 2007 à Mayence. Sa particularité : le défunt était originaire de Jérusalem, la « ville sainte » (‘Ir ha-qodesh), et s’était installé ici. Le fait que Rav Amram Yerushalmi, éminent érudit de Jérusalem, se soit installé à Mayence témoigne du rayonnement dont jouissait à l’époque l’école talmudique de Mayence. L’inscription figurant sur sa pierre tombale laisse supposer qu’il fut victime, à la fin du XIe siècle à Mayence, d’un pogrom ou d’un meurtre jusqu’alors inconnu. 

Les pierres tombales à travers les siècles

XIe siècle, pierre tombale rectangulaire sobre en calcaire coquillier, portant une inscription en hébreu gravée (Jakob ben Jakar, décédé en 1064)
XIVe siècle, ébauche en calcaire coquillier avec un champ d’inscription en creux, écriture hébraïque caractérisée par de larges traits horizontaux ciselés et de fins traits verticaux (le martyr Simson, qui fut tué, décédé en 1384)
Überlebensgroßer Grabstein aus Buntsandstein mit Voluten, gerahmtem Inschriftenfeld, Sockel und Fundament
XIXe siècle, pierre tombale en grès bigarré, plus grande que nature, ornée de volutes, d'un panneau d'inscription encadré, d'un socle et d'une base (Natan ben David, dit Neta Simon, décédé en 1869/1870 à l'âge de 89 ans)
Grabstein in Form einer Säule mit Sockel und einer abgeknickten Rose als Verzierung
XIXe siècle, colonne avec socle et base en grès bigarré. Inscription bilingue (en hébreu et en allemand) symbolisant l'émancipation juive. La rose brisée symbolise un jeune défunt (Julius Altschul, né le 22 mai 1875, décédé le 8 février 1879).
Obelisk mit klassizistischen Motiven als Grabstein aus dem 19. Jahrhundert
XIXe siècle Obélisque avec socle et fondation en grès bigarré, orné de motifs néoclassiques ; inscription en allemand sur la face avant, inscription en hébreu au dos. (Sabina Bloch, décédée le 29 janvier 1877 à l'âge de 29 ans)

L'épitaphe

Ici repose • po tamun • פ”ט
Ici repose / est enterré • po nikbar / po nitman • פ”נ

Que son âme soit liée à l’alliance de la vie (cf. 1 Sam. 25,29) • tehi nischmato tserura bi-tseror ha-chajim • תנצב”ה

Une épitaphe hébraïque suit un modèle bien précis. Parmi les éléments essentiels figurent le nom du défunt ou de la défunte, complété par le nom du père, ainsi que la date du décès selon le calendrier juif. Ces informations sont encadrées par une formule d’introduction et une bénédiction finale, généralement sous forme abrégée. Une place particulière est accordée à l’éloge poétique, qui rend hommage à la personnalité du défunt. Ce sont surtout l’érudition, la piété et la charité qui y sont mises en avant.
 

Pierre tombale

La petite stèle dressée, enfoncée directement dans le sol sans socle, est caractéristique du judaïsme ashkénaze. Elle incarne la volonté de rendre hommage à tous les défunts sur un pied d'égalité. L'élément décoratif le plus important de la pierre tombale est l'inscription. Au fil du temps, on voit également apparaître des pierres tombales présentant des éléments décoratifs gothiques ou des formes baroques. Depuis le début du XIXe siècle, la prospérité croissante et la réussite professionnelle se reflètent dans de nouvelles formes de pierres tombales et dans des dimensions plus imposantes. Des éléments classicistes tels qu’une colonne brisée, un autel sacrificiel avec une urne ou un obélisque, que l’on retrouve également sur des tombes chrétiennes, apparaissent désormais de plus en plus souvent dans les cimetières juifs. Parallèlement, de nombreux Juifs et Juives restent attachés à la tradition des pierres tombales au design sobre.

Symboles

Depuis la fin du Moyen Âge, les symboles sont courants sur les pierres tombales juives. Ils font référence à l'ascendance ou à une fonction honorifique de la personne décédée. Il arrive parfois que les noms soient également représentés sous forme d'images. De plus, les symboles font référence à des qualités telles qu'une grande érudition ou la piété.

Les mains bénissantes du prêtre
Un membre du sacerdoce descendant directement d'Aaron est appelé « Cohen » (pluriel : « Kohanim »). C'est de ce terme que dérivent plus tard des noms de famille tels que Cohn, Kahn ou Katz.

Cruche des Lévites
dans le Temple de Jérusalem, les Lévites servaient l'eau aux prêtres. Leurs descendants portent par exemple les noms de Levy, Löw ou Löb.

Couteau de circoncision
référence à la fonction honorifique du mohel, qui procède à la circoncision.

Couronne
La couronne fait référence à une maxime rabbinique : « Trois couronnes peuvent orner l'homme : la couronne de la Torah, celle du sacerdoce et celle de la royauté, mais celle de la bonne réputation surpasse ces trois-là. »

Chandelier de Shabbat, menorah
En allumant les lumières, la mère marque le début du Shabbat en famille.

Étoile de David 
cette étoile à six branches représente le nom de David. Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle que l'étoile de David est devenue le symbole général du judaïsme.

Shofar, corne de bélier 
La corne de bélier (shofar) fait référence à la fonction honorifique de joueur de shofar lors des grandes fêtes – un honneur de premier ordre.

Anecdote

La salutation aaronite : de la synagogue à l'espace

Le salut aaronite, caractérisé par la position des mains en forme de V, est devenu célèbre dans le monde entier grâce à la série télévisée « Star Trek ». L'acteur Leonard Nimoy a utilisé ce geste pour la première fois en 1967 dans le rôle de M. Spock, sous le nom de « salut vulcain ». Il s'est inspiré pour cela d'un souvenir d'enfance : à la synagogue, les kohanim (prêtres) prononçaient la bénédiction en adoptant cette position des mains.

Les changements induits par l'émancipation

Sous l'influence française, la population juive obtient, à partir de 1797, l'égalité politique (émancipation) dans les régions situées sur la rive gauche du Rhin. Cela se reflète également sur les tombes juives, où l'inscription en hébreu cède de plus en plus la place à l'inscription en allemand.  La dénomination des noms change également : suite à un décret de Napoléon de 1808, les citoyens « de confession mosaïque » adoptent des noms de famille obligatoires. À Mayence et dans la région de la Hesse rhénane, bon nombre de ces noms de famille proviennent du lieu d'origine, comme Bischofsheim ou Oppenheim.

Pierres et Kwitlech

Dans le judaïsme, les décorations funéraires ne sont pas courantes. Au lieu de fleurs, on dépose de petites pierres sur la tombe en souvenir des défunts, afin de leur rendre hommage et de manifester une sympathie silencieuse. À l’origine, dans le désert, les pierres servaient à protéger les tombes des animaux sauvages et à marquer l’emplacement de la sépulture. Selon la coutume hassidique, on dépose aujourd’hui parfois, lors d’une visite sur la tombe, de petits bouts de papier portant une prière sur la pierre tombale, appelés « kwitlech » – à l’instar de ce qui se fait au Mur des Lamentations à Jérusalem.

Des martyrs au Judensand – Des épitaphes témoignent de destins atroces

Les épitaphes médiévales constituent une source importante pour l'écriture de l'histoire de chaque communauté juive – en quelque sorte des archives gravées dans la pierre. Certaines épitaphes, comme celle d'Amram ben Yona exposée ici, font état d'actes de violence graves ayant entraîné la mort. La vie juive au Moyen Âge étant profondément imprégnée de religion, une mort violente était considérée comme un Kiddush ha-shem, c'est-à-dire un martyre pour la foi, et était donc pleurée en conséquence. Dans quel contexte historique s'inscrivent ces meurtres ?